Recouvrir le sol par le mulching

LE MULCHING, une technique nécessaire

De plus en plus, nous entendons le terme « mulching » à propos des plantes cultivées voire même dans le cadre de l’entretien des gazons par le biais de nouvelles machines que l’on appelle « tondeuses mulcheuses », et cela, sans toujours savoir de quoi il retourne.

Le dictionnaire anglais-français nous apprend que le terme « mulch » signifie « paillis » et donc que le verbe « to mulch » signifie « pailler ». Autrefois, le paillis traditionnel n’était rien d’autre qu’une sorte de fumier pailleux très délité et partiellement décomposé. On l’épandait sur les semis et sur les jeunes plantations. C’était déjà une méthode de couverture du sol par de la matière organique. Certaines entreprises horticoles telles que les fraiseraies utilisaient et utilisent parfois encore la paille, mais cette fois entre les rangs de fraisiers. Dans ce type d’entreprise, et pour deS raisons de facilité et d’économie de main d’oeuvre, on remplace bien souvent le mulch d’autrefois par différents matériaux tels le polyéthylène noir ou le papier biodégradable.

De nos jours, le terme « mulch » désigne de manière plus large toute couverture –totale ou partielle- du sol de matière végétale, et le terme « mulching », la technique de mise en œuvre de ce mulch. Le mulching pourrait être interprété comme étant un « compostage de surface ». En effet, le meilleur exemple de mulching naturel que nous connaissons se rencontre en forêt. Dans ce milieu, chaque année, une masse importante de feuilles mortes et de brindilles tombe et s’accumule sur le sol et forme la litière. Cette litière est un mulch naturel. On perçoit donc tout de suite l’importance du mulch pour le sol : il permet d’entretenir sa fertilité. La nature a donc trouvé un système très simple, et cependant très complexe à la fois, qui lui permet de se perpétuer sans autre apport d’aucune sorte, si ce n’est une certaine quantité de minéraux apportés par la pluie.

 

POURQUOI ET COMMENT MULCHER ?

▪ pour protéger le sol de la pluie :

Pour nous? jardiniers, la saison préhivernale est bien entendu la saison idéale pour pratiquer le mulching, puisqu’à ce moment, la terre est nue et donc très sensible aux éléments extérieurs, notamment la pluie. La pluie tasse et compacte le sol, entraîne une partie des éléments nutritifs vers la  nappe phréatique, et dans certaines situations extrêmes, provoque une véritable érosion.

▪ pour freiner la croissance des mauvaises herbes :

On remarquera qu’une terre nue va inévitablement se couvrir de ce que l’on appelle communément des « mauvaises herbes », comme pour se protéger. SI elle ne le fait pas, c’est que le climat ne le permet pas (dans les zones arides p.ex.) ou alors qu’elle est bien malade. En réalité, Ces herbes ne sont pas mauvaises du tout. Elles jouent un rôle essentiel dans la protection du sol et sont le reflet de la qualité de celui-ci. Les herbes sauvages sont un bon indicateur de l’état du sol. Cependant, le jardinier n’aime pas la concurrence, d’autant que pour cultiver, il faut que le sol soit mis à nu.. Dès lors, le moyen de freiner la croissance de ces herbes est de les remplacer par une autre couverture, le mulch.

▪ pour garder le sol humide et à bonne température, et le protéger du gel :

L’activité biologique d’un sol ne peut se développer harmonieusement que dans un sol humide. En effet, les êtres vivants du sol, bactéries, champignons, vers de terre et autres, ne peuvent survivre que dans un milieu humide et aéré, mais non détrempé. Une bonne couverture du sol réduit l’évaporation et permet de maintenir une bonne humidité en surface. Elle va également réguler la température à la surface du sol, c’est-à-dire, réduire les écarts entre températures diurnes et nocturnes. Elle agit comme un manteau qui non seulement protège de la pluie, mais aussi du dessèchement par le vent, et contribue à réduire les écarts de température trop violents. La couleur de la couverture du sol joue elle aussi un rôle. Plus elle est sombre, plus elle va absorber de chaleur. Le sol va donc se réchauffer plus vite. Ce manteau va aussi protéger le sol du gel trop intense.

▪ pour continuer à nourrir le sol en hiver

Si le sol restait nu en hiver, toute activité biologique en surface s’arrêterait. Au contraire, un sol protégé par un mulch poursuit son activité, ralentie certes, mais la poursuit quand même en transformant la couche inférieure du mulch en éléments nutritifs. Dès lors, au printemps, lorsque la température sera favorable, l’activité biologique du sol reprendra plus rapidement et avec une plus grande intensité.

 

QUEL TYPE DE MULCH POUR QUEL OBJECTIF ?

▪ les matières végétales vertes coupées :

Cette matière végétale peut être constituée d’herbe coupée si nous sommes à la fin de la période de tonte, ou d’une coupe d’engrais vert issue d’un coin du jardin réservé à cet effet, mais aussi de résidus de récolte (fanes de carottes ou de pommes de terre, feuilles de choux et trognons de choux, pieds de tomates, etc.). Tous ces végétaux devront autant que possible être hachés en petits morceaux. On ne dépassera les 2cm d’épaisseur avec  ces matériaux car ils sont relativement fins, et en plus épais, ils risquent de provoquer l’asphyxie. Ces matériaux nourrissent le sol et protègent la structure du sol dans une moindre mesure.

▪ le compost :

Le compost, comme les matières végétales vertes, nourrit le sol et améliore sa structure, mais il a l’avantage d’offrir au sol une matière plus digeste, car plus accessible aux microorganismes du sol. Bien entendu ce type de mulch ne devra pas être enlevé au printemps car il aura été digéré en grande partie et continuera à l’être de plus belle au fur et à mesure que la température extérieure s’élèvera.

Si, comme c’est généralement le cas, on dispose de plusieurs types de matériaux, on les répandra successivement sur toutes les surfaces libres, dans l’ordre ci-dessous : d’abord le compost, puis le fumier ou les engrais animaux du commerce, enfin les résidus végétaux ou la paille.

▪ la paille ou le foin :

Ces matières étant plus grossières et plus riches en carbone, elles se décomposent plus lentement et nourrissent moins facilement le sol. Elles constituent cependant une très bonne protection temporaire du sol et sont un matériaux idéal en interligne des cultures (poireaux p.ex.). Ces matériaux devront être retirés au printemps pour laisser la place aux cultures. Le foin se décompose toutefois plus vite que la paille et a une valeur fertilisante plus grande, mais il est plus cher. On peut cependant trouver, à la campagne, du foin plus ou moins mouillé dont les agriculteurs se débarrassent à bas prix.

▪ le fumier frais :

On emploiera le fumier frais soit directement à la sortie de l’étable, soit après un bref séjour en tas allongé, non tassé et de faible section. Le fumier provenant d’un tas de fumier classique est à déconseiller car il contient des substances inhibitrices, en raison de la fermentation anaérobie (en l’absence d’air) qu’il a subie. Il est très important que les matériaux soient apportés sous une forme aérée et bien divisée. Il faut éviter les « paquets » de fumier car le sol doit pouvoir continuer à respirer. Le fumier sera idéalement saupoudré de poudre de roche (basalte par exemple) afin de fixer l’ammoniaque et d’apporter des éléments minéraux complémentaires, notamment des oligo-éléments.

▪ les écorces, copeaux et branches broyées :

Les écorces, copeaux de bois ou branches de taille broyées constituent moins une nourriture pour le sol qu’une réelle protection mécanique contre l’érosion, la pluie et la pousse de mauvaises herbes. C’est pourquoi ces matériaux sont plus indiqués de manière permanente sous des arbustes bien développés et des plantes vivaces, en couches de 5 à 8cm. Ils offrent en outre un aspect visuel plus attractif. Au potager, ces matériaux peuvent servir pour créer des allées entre les plates bandes. Dans ce cas, on peut encore en augmenter l’épaisseur, jusqu’à 10-12cm. On pourra marcher dessus sans problème, sans s’enfoncer et si l’idée nous vient de réutiliser ces endroits pour cultiver, il suffit alors de racler les copeaux pour retrouver le sol initial qui sera bien propre. Ce type de mulch enrichit progressivement le sol en humus. Si on craint une faim d’azote des plantations où ces matériaux ont été épandus, on peut placer ces copeaux ou broyat sur des journaux ou sur du carton afin qu’ils ne se mélangent pas au sol. C’est une technique utilisée pour transformer une pelouse en terre de culture. En automne, on tondera la pelouse que l’on veut transformer le plus ras possible. On y placera une couche de carton, puis une couche de compost ou de broyat de 10-12cm d’épaisseur. Au printemps suivant, il y a de grandes chances que toute l’herbe soit morte et que le sol soit suffisamment souple pour pouvoir commencer à y cultiver.

▪ le polyéthylène noir :

Ce matériau supprime la pousse des mauvaises herbes, il réchauffe le sol au printemps dès l’apparition des premiers rayons de soleil, et permet une récolte précoce. Mais au contraire des végétaux, il ne nourrit pas le sol et peut créer des difficultés en cas de grosses pluies. Il serait préférable d’utiliser un film microperforé.

 

CONCLUSION

La pratique du mulching est hautement conseillée car elle permet de valoriser au mieux la matière organique dont on dispose. Elle protège et nourrit le sol durant tout l’hiver qui, au printemps, sera dans un état de fertilité optimum.

 

Nature & Progrès Vincent GOBBE

 

Pour aller plus loin, consultez LECLERC B. (2013), Je paille mes cultures, Ed. terre vivante

http://docverte.be/livres/jardinage/jepaillemescultures.php

 

Documentation, information  : ASBL Nature & Progrès, rue de Dave, 520 – 5100 Jambes, Tél. : 081/30.36.90 – Fax : 081/31.03.06 www natpro.be

 

 

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