Les préparations à base de plantes

Les préparations à base de plantes ne sont pas la panacée universelle mais permettent souvent de résoudre les attaques de ravageurs ou de maladies ou les carences nutritives. Leur utilisation constitue souvent le dernier rempart avant l’utilisation d’insecticides et de fongicides autorisés en culture biologique mais qui, par la brutalité de leur action, peuvent fragiliser le délicat équilibre de l’écosystème du jardin.

L’agronome sévillan Ibn al-‘Awwâm (1150 environ – 1248) dans son Kitàb al-filàha (réédité chez Actes Sud, ce livre est en disponible à la librairie de Nature & Progrès), l’ouvrage agronomique arabe le plus connu en Occident et qui contient le résumé de toutes les connaissances de l’époque, révèle chez les Arabes des observations en physique et en chimie que l’on ne soupçonnait pas. Il montre comment on cultivait dans l’Espagne du XIIe  siècle. L’auteur fournit de nombreuses recettes à base de plantes qu’il a collectées dans des ouvrages antérieurs. A la page 741, il conseille notamment d’utiliser l’absinthe qui « a une odeur aromatique ; suivant quelques-uns, c’est une espèce d’armoise. (…) Une des propriété de l’absinthe, c’est d’éloigner les vers – dans un autre passage du livre d’Ibn al-‘Awwäm, on comprend par la description des vers que ceux-ci sont, entre autres, les chenilles de papillons – des plantes et de les préserver des dégâts causés par les insectes. Elle empêche les substances de se gâter et elle préserve le papier de l’attaque des mites… »

La protection des fruits est un autre problème important pour lui. Il fournit donc de nombreuses recettes et indique, à la page 761, que « d’après un autre, on écarte les oiseaux d’un arbre à fruit en y attachant une tête d’ail à tel endroit qu’on voudra de l’arbre ; les oiseaux s’en gareront et n’oseront en approcher. On obtiendra le même résultat en frottant l’arbre à quatre aspects différents avec de l’ail. »

Il constate sans doute aussi l’effet bénéfique des légumineuses qui enrichissent le sol en azote et écrit, en page 622, que « la fève par sa présence est utile à toutes les espèces de légumes qu’on peut semer. » A la même page, il propose encore, avec la joubarbe et la vesce, une solution à deux problèmes toujours d’actualité : « si avant de semer la graine on la fait tremper dans du suc de joubarbe, on n’aura point à redouter les atteintes des oiseaux ni des fourmis, ni d’aucun petit animal nuisible, la volonté de dieu aidant. » et « si on mêle la vesce cultivée à la graine de légume au moment de la semer, elle fait périr tous les pucerons. »

 

 

S’abstenir de mépriser les vieilles recettes

 

Ces vieilles recettes semblent souvent bien fantaisistes aux esprits cartésiens, mais les nombreuses études scientifiques consacrées aux propriétés des plantes, nous prouvent l’efficacité d’un bon nombre d’entre elles.

Voici un autre exemple, tiré de l’ouvrage ancien Naauwkeurige beschrijving der aardgewassen, écrit en 1696, et que l’on peut traduire par Description minutieuse de plusieurs plantes. Il fut écrit par le Hollandais Abraham Munting, professeur de botanique et de chimie qui y conseille l’utilisation de lait pour soigner les plantes. Alice M. Coats, spécialiste anglaise du jardinage et des fleurs, écrit qu’on trouve dans ce livre « de nombreuses observations et anecdotes d’une exactitude douteuse ; par exemple, l’auteur croyait que les plantes malades pouvaient recouvrer la santé si on les arrosait à part égale d’eau de pluie et de lait. »

Pareil scepticisme était sans doute de mauvaise aloi car une étude récente de Wagner Bettiol et de son équipe de l’Embrapa (l’Institut national de recherche agricole brésilien) a étudié, selon un protocole strict, l’impact de traitements à base de lait sur l’oïdium du concombre (Sphaerotheca fuliginea). Il résulte de ces recherches que le lait a de réelles propriétés fongicides, que l’efficacité est plus grande avec deux traitements par semaine et qu’au-delà d’une concentration de 10 %, on constate une efficacité égale ou supérieure à celle d’un fongicide classique.

Ces travaux, repris par les chercheurs de l’Université d’Adélaïde, en Australie, spécialistes en viticulture, ont également été concluants : le lait, dilué à 10 %, est plus efficace que le soufre et le petit lait, résidu de la fabrication du fromage, donne des résultats analogues. Il est assez remarquable de constater que l’efficacité maximale fut obtenue avec des doses de 40 à 50 %, comme l’avait jadis conseillé Munting…

 

 

La pharmacie du jardin

 

Voici donc un bref aperçu des plantes les plus utiles au jardin.

 

 

  1. Les plantes engrais et revitalisantes

– la carotte, le chou, le persil, le souci et la tomate.

Les fanes fraîches de carotte ne seront plus déposées au compost ! Préparées en purin et diluées à 1/10, elles stimulent la croissance et peuvent être apportées à toutes les plantes un peu faibles. Les autres plantes seront utilisées de la même manière.

– les camomilles

Une infusion non diluée de fleurs séchées de camomille renforce les cultures peu vigoureuses.

– la consoude

Le purin jeune de cette plante, dilué à un quart et distribué sur le sol, favorise la croissance de toutes les cultures. Une décoction diluée à 1/10 sera apportée en cas de carences en potasse et en azote organique.

– la fougère mâle et la fougère-aigle

Le purin de fougère non dilué sera apporté en cas de carence en potasse ou en magnésium.

– l’ortie

Le purin, dilué à 1/10, est un excellent engrais dont il ne faut cependant pas abuser, sous peine de suralimenter les plantes. Pour les plantes gourmandes, deux à trois apports sur une saison seront un maximum. Le purin, toujours dilué, pourra être apporté au printemps, par temps froid sur toutes les cultures, lorsque la minéralisation des éléments nutritifs dans le sol est encore lente. Le purin d’ortie est également efficace dans les cas de carences en fer et en oligo-éléments. L’ortie renforce alors les plantes contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs

– la valériane

L’extrait de fleurs fraîches de valériane – une goutte par litre – favorise la formation des fleurs. Distribué en fin brouillard, les veilles de gelées, il protège les fleurs contre les gelées printanières.

 

  1. Les plantes qui éloignent ou tuent les insectes ou autres animaux

– l’absinthe

Comme les cultivateurs sévillans du XIIIe siècle, nous utilisons encore aujourd’hui l’absinthe pour éloigner ou tuer de nombreux ravageurs de nos plantes. Sans dilution nous pulvérisons une infusion de cette plante sur les acariens, les altises, les mouches (cécydomie, mouche du chou, du cerisier, de la carotte), les chenilles…

– le bégonia (Begonia semperflorens) et les feuilles de cassis

Ces deux plantes n’ont qu’un mérite, mais il est de taille ! Les jeunes plants trempés dans une macération non diluées de l’une ou l’autre de ces plantes sont protégés des attaques de limaces.

– le chêne

Le purin de feuilles mortes et d’écorces dilué à 1/10 éloigne ou tue tous les insectes.

– l’oignon

Le purin dilué à 1/20 sera pulvérisé, pendant les vols, sur les cultures de carottes afin d’éloigner la mouche.

– le piment rouge

Il faut choisir, pour cette utilisation, la variété la plus piquante possible. Les fruits frais écrasés ou moulus seront mis à macérer. La préparation, non diluée, chassera les insectes des plantes attaquées.

– la rhubarbe

En infusion non diluée, les feuilles seront utilisées contre les vers, les chenilles et les larves qui attaquent les racines des plantes : hanneton, mouche de la carotte, noctuelle, taupin…

– le sureau noir ou yèble

Le purin de feuilles, non dilué et versé dans les galeries, éloigne les campagnols et les mulots.

– la tanaisie

Suivant les préparations choisies et les dilutions, la tanaisie est une puissant répulsif ou un insecticide efficace qui fonctionne contre la plupart des insectes.

  1. Les plantes qui renforcent contre les maladies cryptogamiques

 

– l’ail

Il est riche en composés soufrés, notamment de la famille des disulfures, qui ont un impact sur les champignons pathogènes du sol comme les Fusarium, Pythium, Rhizoctonia solani, Sclerotinia sclerotiorum. L’ail est donc d’un usage capital lorsqu’on sait que ces champignons sont de véritables fléaux pour de nombreuses plantes, comme les fraisiers, les asperges ou les tomates et que leur présence dans une serre oblige parfois à changer la terre.

L’ail est également efficace contre la cloque du pêcher, l’oïdium et la pourriture grise. Le trempage des semences dans une décoction diluée à 1/5 évite de transmettre les maladies cryptogamiques par li biais des graines. L’oignon a également d’importantes propriétés fongicides.

– le chêne

Les écorces de chêne, en infusion ou en purin dilué à 1/10, distribuées en prévention, renforcent les plantes contre les maladies cryptogamiques.

– la prêle

Voici enfin la plante qui est indispensable pour combattre les maladies cryptogamiques. C’est sous forme de décoctions, diluées ou non, que l’on utilise le plus cette plante pour renforcer toutes les cultures contre ces maladies dues à des champignons parasites.

 

 Pour aller plus loin, consultez DELWICHE P. (2008), Soigner le jardin par les plantes, Ed. Nature & Progrès http://www.docverte.be/noseditions/jardinage/soignerlejardinparlesplantes.php